Parce que ceci n'est pas un exercice - Jem Bendell Mai 2019

De Deep Adaptation - Adaption radicale
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Parce que ceci n'est pas un exercice : les technologies au service de l'adaptation radicale au chaos climatique

Par le Professeur Jem Bendell, University of Cumbria, Royaume-uni. 

Document de réflexion réalisé pour la conférence Climate Change: Resilience, Uncivilisation, Rebellion and Technology, organisée par la CONNECT University,  Bruxelles, le 13 Mai 2019

(voir : https://ec.europa.eu/futurium/en/connect-university/climate-change-resilience-uncivilisation-rebellion-and-technology). 

Original en anglais ici.

Notes de traduction

Le texte initial utilise fréquemment l'expression « Deep Adaptation » qui sera traduite ici par « Adaptation radicale », mais que le lecteur garde en tête l’idée d’une adaptation de notre être radicale et en profondeur. 


Résumé

L'urgence climatique nous invite à explorer ce que nous pouvons faire, individuellement et collectivement, pour nous adapter aux bouleversements climatiques. Une telle adaptation doit aller au-delà de simples ajustements de notre système économique et de ses infrastructures, afin de nous préparer au  délitement ou à l'effondrement du fonctionnement de base de la société. Cette note propose les principaux éléments d'un cadre de compréhension pour explorer cette question, que j'ai appelé  "l'Adaptation radicale". Les technologies seront importantes pour nous aider à développer non seulement de la résilience, mais aussi une capacité à faire face à l'effondrement. Je décris ici  cinq domaines technologiques afin d'illustrer les types d'idées qui peuvent émerger de la mise en oeuvre d'une approche d'Adaptation radicale à la situation actuelle. L'exposé des possibilités technologiques souligne qu'il faut évaluer chaque technologie au cas par cas, plutôt que de se demander si, en général, la technologie sera utile ou non. De plus, l'accent mis sur la technologie dans le présent document et dans les discussions connexes ne doit pas détourner l'attention des défis politiques et psychologiques liés à l'urgence climatique. Par conséquent, imaginer  les politiques visant à mettre les technologies au service de l'Adaptation radicale s'inscrit dans  le contexte d'un programme de transformation économique. De brèves recommandations sont proposées à la Commission Européenne. 

Introduction

DG Connect, la Direction Générale de la Commission Européenne des réseaux de communication, du contenu et des technologies, a demandé à recevoir des idées sur les technologies qui pourraient permettre une Adaptation radicale au chaos climatique. Pour comprendre ce qui justifie une telle invitation, il est important de résumer quelques-unes des dernières avancées de la climatologie et comment elles conduisent de plus en plus de gens à conclure que nous sommes actuellement en situation d'urgence climatique, ce qui va de plus en plus perturber notre mode de vie. Je résume certaines de ces données scientifiques ci-dessous en concluant qu'un effondrement de la société est maintenant inévitable, que cela aura lieu du vivant des lecteurs de ce document, en raison des effets en cascade de la répétition de mauvaises récoltes et de la baisse globale des rendements. J'esquisse certains domaines dans lesquels des technologies doivent être déployées pour s'adapter d'urgence aux changements climatiques, afin d'illustrer le type d'idées dont nous devons maintenant discuter. J'introduis ensuite le concept de l'Adaptation Radicale comme cadre de discussion sur les technologies qui pourraient nous aider à nous préparer  à l'effondrement à la fois de manière collective et personnelle. 

La question de l'urgence climatique nous fait vivre beaucoup de sentiments douloureux  (Clayton, et al 2017). Parmi  ces sentiments il y a  la peur, qui affaiblit notre capacité à remettre en question notre vision du monde ou l'image de nous-même (Woodbury, 2019). Certaines des idées contenues dans le présent document peuvent susciter des émotions intenses, peut-être en relation avec la perspective offerte sur l'effondrement, sur l'économie ou sur la technologie. Par conséquent, je vous recommande de discuter du document avec un ami ou un collègue dont vous respectez les idées, mais dont les opinions diffèrent souvent des vôtres. 

Crise climatique : où en sommes nous?

Dix-sept des dix-huit années les plus chaudes jamais enregistrées se sont produites depuis l'an 2000 (GIEC, 2018). Nous nous sommes réveillés à l'aube ardente d'un siècle dangereusement brûlant. La couverture incolore de gaz carbonique qui enveloppe notre planète retient tellement de chaleur que les forêts prennent feu et les récoltes diminuent (Christian Aid, 2018).  Imaginez un instant que le bâtiment dans lequel vous vous trouvez pendant que vous lisez ce document ait pris feu. Vous ne feriez pas appel à des conseillers en sécurité incendie pour vous conseiller sur la réduction des risques futurs. De la même façon, notre urgence climatique a besoin de pompiers et pas seulement de consultants en sécurité incendie. Comme il ne s'agit pas d'un exercice, nous devons agir en fonction de ce qui se passe maintenant, sans quoi plus de gens souffriront et mourront. Cela peut sembler alarmiste, mais c'est ce changement de perspective difficile qu'il nous faut pour engager de nouveaux types de discussions face à la tragédie climatique. 

L'année dernière en Occident, nous avons vu à quel point un climat chaotique pouvait commencer à menacer nos propres vies. Dans de nombreux pays européens, la production de céréales et de légumes de plein air a chuté de plus de vingt pour cent (Masante et al, 2018). Les anciens modèles climatiques suggèrent que 2018 était une anomalie. Mais certains nouveaux modèles suggèrent le contraire (Xu et al, 2019 ; UNDRRR, 2019). Pendant ce temps, les mesures réelles du carbone, de la variabilité de la température, des tempêtes, des inondations, des sécheresses, des incendies et de l'élévation du niveau de la mer, montrent des changements qui dépassent les prévisions des modèles climatiques. Les gens se demandent, à juste titre, à quel point la situation va se détériorer, et ce que nous pouvons faire à ce sujet (Wallace-Wells, 2018). 

La concentration totale de carbone dans notre atmosphère vient de dépasser 415 parties par million (ppm). C'est le niveau le plus élevé depuis environ 4 millions d'années, selon les géologues. À l'époque, dans ce qu'ils appellent l'ère du Pliocène, les températures moyennes mondiales étaient de 2 à 3 degrés Celsius plus élevées qu'aujourd'hui (Robinson et al, 2008), et le niveau de la mer était peut-être 25 mètres plus élevé (Dwyer et Chandler, 2009). 

Qu'est-ce que cela signifie pour nous ? Et pourquoi ni les températures, ni le niveau de la mer ne sont-ils encore aussi élevés ? L'une des raisons est le décalage dans le  temps entre la chaleur supplémentaire piégée dans notre atmosphère par le CO2 et le changement de la température de l'air qui en résulte, ainsi que les "points de bascule" dans nos écosystèmes. Ce décalage entre la cause du CO2 et l'effet de réchauffement atmosphérique a été estimé à 40 ans (Hansen et al, 2005). Les océans sont en partie responsables de ce retard. Beaucoup plus lourds que l'air, ils ont absorbé 90 % de la chaleur supplémentaire provenant des émissions humaines (Zanna et al, 2019). Cette chaleur ne va pas rester là. Tout comme une tasse de café chaude laissée sur votre bureau, cette chaleur se dissipera. Il y a un réchauffement considérable de l'atmosphère en raison de la chaleur qui se trouve déjà dans nos océans. 

La glace contribue aussi au retard dans le réchauffement. Si vous avez un verre de limonade avec de la glace dedans, le liquide reste frais. Une fois que toute la glace a disparu, la boisson se réchauffe très rapidement à la température ambiante. L'énergie thermique latente consommée par la fonte des glaces, en particulier dans l'Arctique, a refroidi notre monde. Une fois qu'il n'y aura plus de glace, l'océan se réchauffera plus vite. À cela s'ajoute la perte de glace blanche qui réfléchit la lumière du soleil dans l'espace et qui est remplacée par des eaux sombres qui absorbent la chaleur. Le professeur Wadhams, un des scientifiques les plus renommés au monde pour la connaissance des pôles, a estimé que si toute la glace de l'Arctique disparaissait, nous pourrions voir un effet de réchauffement équivalent à la moitié des émissions de carbone d'origine humaine (Wadhams, 2016). Les données les plus récentes sur les taux de fonte, combinées à de nouveaux modèles, suggèrent qu'un été arctique sans glace pourrait se produire d'ici 2030 (Screen et Deser, 2019). D'autres scientifiques, comme Wadhams, considèrent qu'il s'agit d'une possibilité dans les années à venir. Quelles que soient les prévisions, ce qui se produit maintenant, c'est la libération de quantités accrues de méthane du pergélisol entourant l'océan Arctique (Nisbet et al, 2019). Le méthane a un effet de serre beaucoup plus important que le CO2, et les quantités gelées dans l'Arctique sont si importantes que des rejets importants pourraient transformer la planète en une serre de type Vénus avec peu de vie résiduelle (Steffen, et al 2018). 

Le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) de l'ONU a signalé en 2018 que pour avoir une chance de ne pas dépasser 0,5 degré Celsius d'augmentation supplémentaire de la température mondiale, il nous faut réduire les émissions mondiales d'environ 50% d'ici 2030. Cela implique des réductions d'émissions d'environ 5 % des niveaux actuels chaque année, à l'échelle mondiale. Cependant, nous accélérons dans la direction opposée. Le Global Carbon Project (2018) a signalé une augmentation de 2,7 % des émissions mondiales de carbone en 2018, ce qui est le plus haut niveau jamais enregistré. Une analyse d'ensemble de la performance des pays par rapport à leurs engagements internationaux a conclu que nous sommes sur la bonne voie pour atteindre 5 degrés de réchauffement de la planète (Robiou du Pont et Meinshausen, 2018). 


Pour ceux qui suivent de près la question du climat, le GIEC est connu pour être prudent et non alarmiste. Il a systématiquement sous-évalué l'ampleur du changement climatique depuis des dizaines d'années. La principale raison étant que lorsque les scientifiques ne sont pas arrivés à un consensus, les données pertinentes ont souvent été omises dans leurs rapports publiés. Par exemple, il n'y avait pas de consensus sur la quantité d'eau de fonte des glaces sur terre, et les données ont donc été exclues des calculs de l'élévation du niveau de la mer (Spratt et Dunlop, 2018). 

L'élévation du niveau de la mer à l'échelle mondiale est préoccupante en soi, en raison de son impact sur les établissements (?) humains de faible altitude et les terres agricoles. Mais ce qui est plus important encore pour comprendre notre situation difficile, c'est que l'élévation du niveau de la mer est un indicateur de l'ensemble du système climatique. Elle s'élève sous l'effet de la dilatation thermique et de la fonte des glaces. En mars de cette année, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a confirmé que l'élévation du niveau de la mer n'est pas linéaire, mais qu'elle s'accélère (OMM, 2018). Ce qui signifie que le changement climatique s'accélère. Ce qui indique que les boucles de rétroaction amplificatrices du réchauffement sont en cours (Xu et al, 2019). Ce qui signifie que la situation n'est plus sous notre contrôle, si elle l'a jamais été.  Il n'est plus possible de se réconforter en nous racontant une histoire où cette description terrifiante de notre situation ne serait  que l'opinion de quelques scientifiques alarmistes. L'une après l'autre, les organisations les plus influentes du monde déclarent maintenant des situations d'urgence dans le cadre de leurs attributions. En mai 2019, la principale organisation des Nations Unies en charge de la biodiversité et des services écosystémiques a rendu compte de l'effondrement de la biodiversité qui menace notre approvisionnement alimentaire futur (Bélanger et Pilling, D., 2019 ; IPBES, 2019). Au cours du même mois, la principale organisation des Nations Unies sur les risques de catastrophe a signalé comment la variabilité du climat menace ce même  approvisionnement  (UNDRRR, 2019). La prise de conscience s'est répandue dans le monde entier parmi les titulaires de hauts postes. Le Rapport sur les risques mondiaux 2019 du Forum économique mondial (WEF) représente les opinions des hauts fonctionnaires interrogés dans les milieux d'affaires et les gouvernements. Les trois principaux dangers les plus probables, identifiés par les répondants, étaient tous liés au climat (WEF 2019). 

Malgré le titre et l'objet du présent document, il ne semble malheureusement pas y avoir de solution technologique simple au problème du changement climatique. Récemment, le captage direct du CO2 dans l'air par de nouvelles machines a été promu dans les médias et imaginé par le GIEC comme jouant un rôle essentiel pour réduire les concentrations de carbone dans l'atmosphère (Wadhams, 2018). Cependant, les technologies actuelles sont inefficaces et nécessitent de grandes quantités d'énergie. Selon mes calculs précédents, le déploiement actuel de cette technologie devrait être multiplié par un facteur de deux millions, et ce déploiement devrait être entièrement alimenté par des énergies renouvelables, afin d'avoir un impact sur l'augmentation du taux de carbone dans notre atmosphère (Bendell, 2018). Les approches biologiques du captage du carbone, impliquant la restauration des écosystèmes, semblent plus prometteuses (Hawken et Wilkinson, 2017), mais elles ne sont pas non plus réalisables à une échelle significative dans les délais maintenant reconnus comme nécessaires par le GIEC. 

Malgré cette série de preuves effrayantes qui suggèrent que le changement climatique progresse rapidement et se renforce, avec des implications dévastatrices pour la nature et la société humaine, si c’est la première fois que vous lisez de tels arguments, alors vous vous demandez sans doute  pourquoi cette perspective n’est pas dominante. L'une des raisons est la réticence de la communauté scientifique à paraître alarmiste et les limites des climatologues à (créer des liens)"relier les points" relier entre eux les différents travaux scientifiques au-delà de l'objet de leurs études individuelles pour interpréter les implications pour les sociétés. Une autre raison tient à une série de facteurs psychologiques et institutionnels qui permettent de nier le fait qu'il pourrait être trop tard pour éviter une catastrophe, facteurs enracinés dans l'état d'esprit des professionnels de la protection de l'environnement et dans la mentalité même du mouvement environnemental) (Bendell, 2018). Une autre raison clé est que les mesures récentes révèlent un climat qui change beaucoup plus vite qu'on ne l'avait prévu, et qui a des conséquences plus immédiates que prévu sur les phénomènes météorologiques et les écosystèmes qu'on ne l'avait prévu (IPBES, 2019). 

La prise de conscience peut nous aider, mais ne résout rien.

Il y a une prise de conscience accrue, comme on le voit dans les déclarations d'urgences climatiques (Irish Times, 2019), la montée de l'activisme, les manifestations du mouvement Extinction Rebellion et les grèves scolaires (Extinction Rebellion, 2019). Certaines personnes veulent y voirautant d'indices  que l'humanité trouvera la volonté politique et les moyens pour changer l'ensemble du système politique et économique, dans chaque pays, afin de stopper le changement climatique et éviter la catastrophe. Je partage ce souhait, mais je ne peux pas le laisser déterminer ma conclusion, pour deux raisons. Premièrement, parce que les océans ont déjà absorbé tellement de chaleur, et l'atmosphère recueilli tellement de CO2 (phénomènes auxquels s'ajoutent des rétroactions amplificatrices), que la dégradation du climat se manifeste déjà autour de nous. Cette conclusion ne fait pas l'objet d'un consensus scientifique au sein du GIEC, mais se fonde sur les preuves que j'ai mentionnées ci-dessus. J'espère qu'on me donnera tort, mais de nouveaux rapports ou documents qui confortent ce point de vue sont publiés régulièrement. Deuxièmement, à mon sens réduire les concentrations atmosphériques mondiales de carbone, et gérer efficacement les perturbations de notre agriculture et de nos sociétés, tout cela est hors de portée pour nos systèmes politiques et économiques existants, plongés dans un système culturel basé sur le commerce. Il ne s'agit pas d'une vision négative de la nature humaine elle-même, mais il faut constater la puissance de cette culture qui s'est installée de toutes parts  et instillée dans chacun de nous, dans cet environnement capitaliste industriel et consumériste. Cette deuxième raison de considérer qu'il est impossible d'effectuer les transformations nécessaires, globalement, à temps pour éviter l'effondrement des sociétés, nécessite généralement quelques explications supplémentaires, avant d'avancer dans mon propos. 

La principale contrainte politique, économique et culturelle qui pèse sur notre capacité de transformation est que nous sommes dans un système économique qui exige une croissance continue de l'activité économique pour créer de nouvelles dettes, afin que l'argent puisse circuler, et donc que les gens puissent gagner de l'argent pour participer à la société. Dans presque tous les pays du monde, c'est le système des banques privées qui émet de l'argent frais par la création de nouveaux dépôts bancaires lors de l'octroi de prêts (Bank of England, 2014). Étant donné que l'argent frais est un prêt, il accumule des intérêts, ce qui signifie qu'il y a plus de dettes dans le monde que d'argent pour les rembourser. De ce fait lorsque cette dette est remboursée, l'argent disparaît de la circulation et  la seule façon d'éviter que nos économies ne s'effondrent faute de moyens d'échange est que les banques accordent de nouveaux prêts. Cela ne peut se faire que s'il y a une activité économique croissante à financer, ce qui implique la promotion de notre désir de consommer et nécessite l'utilisation croissante de ressources naturelles et la production de déchets associée, dont la pollution atmosphérique (Bendell, 2014). Ces mécanismes de notre système monétaire sont cachés à la vue de tous. Seule une minorité d'économistes comprend le fonctionnement du système monétaire, et ne parlons pas des journalistes financiers, des politiciens ou du grand public (Clarke, 2017). Étant donné le pouvoir du système financier dans les sociétés du monde entier, y compris l'influence exercée sur les gouvernements par le lobbying, les dons et les marchés obligataires (Klein, 2014), il me semble impossible que cette situation change rapidement et globalement à temps pour orienter l'humanité dans une direction différente. 

Même si certains préféreront peut-être que nous nous attaquions à la situation sans nous attaquer aux déséquilibres fondamentaux du pouvoir dans la société ni aux systèmes économiques qui ont engendré cette situation, cela passerait sous silence les 30 dernières années d'actions inefficaces fondées sur cette vision. C'est en 1987 que l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté un rapport affirmant que le changement climatique est dangereux et que nous en sommes la cause (Assemblée générale des Nations Unies, 1987). En 1992, la plus grande conférence intergouvernementale de l'histoire s'est concentrée sur ce dilemme, annonçant un nouvel agenda de "développement durable" ; et pourtant, plus de carbone a été émis depuis lors que pendant toute l'histoire de l'humanité (Note de bas de page: Données issues de https://www.climatewatchdata.org/ghg-emissions).   Malgré le réveil supposé de l'urgence climatique des hauts fonctionnaires interrogés dans ce rapport du Forum économique mondial, ils affichent leurs priorités incompétentes dans ce même rapport (WEF, 2019). Ils mettent en garde contre les critiques populistes à l'égard du système monétaire et contre les menaces qui pèsent sur l'indépendance de la banque centrale. Il ne s'agit pas simplement d'une question de hauts dirigeants d'organisations puissantes qui ne comprennent pas encore la cause de notre situation. Leur vision du monde est façonnée par l'allégeance au pouvoir en place, qui finance leur travail et privilégie leurs opinions. S'il peut être tentant d'espérer que les systèmes existants et les individus au pouvoir découvriront une nouvelle et audacieuse bienveillance en vue d'une transformation rapide à l'échelle mondiale, les faits actuels donnent à penser que les institutions en place pourraient être des obstacles au changement nécessaire. Il se peut qu'ils bavardent dans les issues de secours ou qu'ils dirigent les gens vers l'incendie. Pire encore, les études sur les effondrements sociaux passés nous rappellent qu'oppression et génocide, organisés par ceux qui en ont les moyens, se produisent souvent dès que le statu-quo (business-as-usual) commence à s'effondrer (Neale, 2019).

La nécessité d'un dialogue constructif exige que l'on reconnaisse que l'urgence climatique n'est pas un problème de pollution, c'est un problème politique. Ce n'est pas un probème technique ou technologique, c'est un problème de mentalité, de psychologie. Il n'invite pas à un programme de réformes mais de révolution. L'enjeu reste toujours aussi ambiteux : réduire nos émissions de carbone et retirer du carbone de l'atmosphère (Hawken and Wilkinson, 2017); réorienter et réorganiser notre économie par le biais de réformes économiques pour que cela se fasse à un rythme et une échelle significatifs pour la concentraction en carbone de l'atmosphère. Mais l'urgence climatique consiste tout autant à faire face au changement qu'à le ralentir. Dès lors, il est important de dépasser les questions de réduction d'émissions et d'absorption du carbone, et d'étudier des solutions d'adaptation aux difficultés à venir.

Exemples de technologies d'adaptation aux changements climatiques

Il est temps que nous soyons plus nombreux à étudier quel rôle peut jouer la technologie dans l'adaptation au changement climatique. Certains peuvent considérer la technologie comme la réponse à toutes les difficultés auxquelles nous sommes confrontés. D'autres peuvent considérer la technologie comme une distraction par rapport à l'urgence climatique. Les premiers pourraient applaudir à toute sorte de géo-ingénierie, tandis que les seconds considèrent toutes les formes de géo-ingénierie comme l'expression d'un dangereux hubris (Ribeiro, 2018). Je crois que nous n'avons pas le temps ni pour la "techno hubris" ni pour la "techno phobie". Nous devons examiner toutes les formes de technologie au cas par cas. Par conséquent, avant de décrire l'approche de l'Adaptation radicale, je vais évoquer quelques domaines dans lesquels la technologie peut être utile.

Premièrement, il y a la nourriture et l'eau. Nous sommes une civilisation basée sur les céréales, avec plus de 50 pour cent de nos calories provenant directement des céréales, tout comme la plupart des calories dont ont besoin les secteurs de la viande et des produits laitiers. Nous devons adapter notre agriculture à un avenir où la production de céréales pluviale à grande échelle ne sera plus garantie. Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire avec des technologies simples, qu'il s'agisse de nouveaux réservoirs, de fermes de pommes de terre irriguées ou de serres. Les technologies agricoles urbaines, la culture hydroponique et les nouvelles formes de production alimentaire à base d'insectes sont également importantes (Denkenberger et Pearce, 2015). Il est également possible de passer à des approches plus agroécologiques de l'agriculture (FAO, 2016). Il est essentiel de réduire la production bovine et laitière, malgré l'opposition inévitable de certains secteurs d'activité. Parce que, de plus en plus, ce seront les gens, pas les bovins, qui auront besoin de manger les calories que nous cultivons. Nous devons également diversifier et délocaliser, et les innovations technologiques pour permettre la coopération communautaire en matière de production, de distribution et de préparation de nourriture seront essentielles (Servigne, 2017). Bon nombre de ces domaines doivent être soutenus même s'ils ne sont pas rentables dans les conditions actuelles du marché. Parce que ce ne sont pas des bouts de papiers avec des calculs qui vont assurer la subsistance de l'humanité. On peut essayer de l'assurer par la nourriture, l'eau et la solidarité.  

Deuxièmement, nous devons mettre fin à l'usage de nous retirer de certaines technologies qui augmentent notre vulnérabilité. En prévision d'une éventuelle pénurie alimentaire qui causerait des ravages dans l'Ouest, nous pourrions voir le secteur financier paniquer et faire imploser notre système monétaire. Nous dépendons de plus en plus des systèmes mondialisés, même pour les articles produits localement. Ces systèmes mondialisés reposent sur une croissance économique continue, et ce n'est donc qu'une question de temps avant que nos systèmes financiers ne subissent un choc. Si nous ne nous attaquons pas à cette vulnérabilité, il pourrait advenir que des gens ne puissent même pas acheter un pain cuit localement à cause de l'effondrement d'un géant de la réassurance à l'autre bout du monde. Les réponses peuvent se trouver dans les technologies de l'information qui permettent des moyens de change alternatifs aux principales devises comme l'euro ou la livre sterling (Bendell, 2017). Ces technologies devront être ouvertes, accessibles, réparables, appropriées et résistantes aux perturbations potentielles des réseaux de communication et de l'Internet. De nombreux développements ont déjà été réalisés dans le secteur des monnaies communautaires pour créer ce type de systèmes de paiement issus de groupes locaux  (Bendell et al, 2015). 

Troisièmement, la technologie doit être rendue plus accessible là où elle est absolument  nécessaire pour réduire la souffrance et avancer dans l'adaptation. Beaucoup de technologies est font l'objet de brevets protégés par leurs propriétaires, et leur utilisation est à la discrétion de ces derniers.  De tels changements sont urgents si on veut soutenir à grande échelle  l'adaptation psychologique à notre tragédie climatique. La prise de conscience de notre situation provoque de nombreuses émotions difficiles (Clayton, et al 2017 ; Woodbury, 2019). Nous continuerons à vivre avec la perte, le chagrin, la tristesse, la confusion, la peur et la colère. Je pense que les technologies de l'information pourraient nous aider à relever ce défi psychologique. Pour soutenir ma propre méditation, j'utilise actuellement l'application Headspace sur mon téléphone. Mais il faut qu'il y ait des services gratuits de qualité similaire. Et il faut qu'il y ait une formation en ligne gratuite et des services de mentorat par les pairs pour aider nos enseignants, nos conseillers (thérapeutes), nos journalistes et nos représentants gouvernementaux à faire face aux émotions difficiles que suscite cette situation. Il y a beaucoup à faire pour faire connaître les idées et les pratiques qui contribuent à réduire les impacts négatifs, en utilisant les technologies les plus récentes pendant qu'elles existent encore. 

Quatrièmement, nous avons besoin de la technologie pour sauver la calotte glaciaire de l'Arctique. Si elle disparaît, les changements climatiques dans l'hémisphère Nord seront catastrophiques pour les récoltes de céréales. Elle peut aussi déclencher  la libération massive de méthane. Nous ne saurons jamais exactement à l'avance quelle quantité de méthane sera libérée ni quand, mais de telles émissions  pourraient entraîner  l'extinction de l'humanité (Shakhova et al, 2010). Cela signifie que nous devrions essayer de refroidir l'Arctique immédiatement. La meilleure méthode à ma connaissance est le Marine Cloud Brightening (MCB), qui pulvériserait (Laure: pomper dans le ciel n'est pas très parlant) l'eau de mer de l'océan Arctique vers  le ciel et l'aspergerait pour augmenter et éclaircir les nuages, ce qui réfléchirait davantage les rayons du soleil (Latham et al, 2014). Nous ne savons pas avec certitude comment cela fonctionnerait, il faudra donc le tester. À l'heure actuelle, je ne suis en faveur d'aucune autre forme de géo-ingénierie. Étant donné la façon dont cela pourrait affecter les courants atmosphériques, je ne suis pas en faveur de l'utilisation du MCB ailleurs que sur les pôles. Par conséquent, je répète que ni la "techno hubris" ni la "techno phobie" ne sont utiles et que nous devons tout examiner au cas par cas.  

Cinquièmement, nous avons besoin de la technologie pour aider les gens qui prennent conscience de notre tragédie climatique à communiquer entre eux, première étape d'un éveil plus large de la société. L'idée qu'il est trop tard pour mettre fin à un effondrement de notre mode de vie est encore taboue, et le restera probablement pendant encore quelques années. C'est pourquoi nous avons lancé le Deep Adaptation Forum, un espace international pour les personnes qui veulent trouver ce qu'elles peuvent faire dans leur profession pour promouvoir la préparation à l'effondrement (www.deepadaptation.info). Je décris l'Adaptation radicale comme notre préparation personnelle et collective à l'effondrement ou à l'effondrement de notre société. Je l'appelle "radicale" parce qu'elle n'est pas fondée sur l'idée que notre société actuelle va continuer avec certaines mesures d'adaptation. Je crois qu'il est trop tard pour cela. Les gens qui adoptent cette approche d'adaptation profonde ne croient pas nécessairement que l'effondrement est inévitable, mais ils estiment qu'il est important de travailler comme s'il était imminent. Pour certains, c'est déjà le cas. Par le biais du forum, nous rassemblons des gens au sein  de groupes d'intérêt professionnels qui se réunissent par vidéoconférence. Ils développent des outils et des pratiques qui peuvent ensuite être adoptés par d'autres dans leur profession lorsqu'ils sont prêts. 

Il y aura de nombreux autres domaines où la technologie en général et les Technologies de l'Information en particulier auront un rôle à jouer pour permettre une adaptation en profondeur au chaos climatique. Ce thème touche à toutes sortes de domaines, certains couverts par ceux qui travaillent sur l'action humanitaire, les risques catastrophiques mondiaux, ou la sécurité alimentaire. Les domaines décrits ci-dessus sont simplement proposés pour démontrer le type de réflexion qui se développe une fois que l'on a accepté que nous devons nous préparer  à l'effondrement. 

L'approche de l'adaptation radicale face au chaos climatique

Au moment d'écrire ces lignes, en mai 2019, le rapport de recherche  "Deep Adaptation: A Map for Navigating Climate Tragedy" (version française "L’Adaptation radicale : un guide pour naviguer dans la tragédie climatique') a été téléchargé plus de 420 000 fois, et la version audio a été écoutée plus de 30 000 fois. Une recherche par mot-clé de "deep adaptation" sur la partie "actualités" (news) de Google signale qu'elle a été mentionné dans les journaux et à la radio du monde entier. Le rapport est largement reconnu comme source d'inspiration des principaux coordinateurs du mouvement de protestation "Extinction Rebellion" (Humphrys, 2019). Ce document semble avoir touché un point sensible dans le grand public en énonçant distinctement qu'il est maintenant trop tard pour empêcher l'effondrement à venir de nos sociétés, à cause des changements climatiques, et que nous devons maintenant explorer les moyens de limiter les dégâts. L'approche de l'Adaptation radicale a été formulée pour permettre aux gens d'avoir des conversations constructives sur ce qu'il faut faire et ce qu'il faut arrêter de faire, à la lumière de notre situation. Elle repose sur une série de quatre questions, fondées sur l'hypothèse qu'un délitement ou un effondrement de notre société est probable, inévitable ou en cours (Bendell, 2019). L'approche est maintenant utilisée pour faciliter des discussions dans les communautés et collectivités locales (gouvernements locaux : Laure: est-ce le gouvernement de chaque pays ou plutôt les collectivité), les ministères des Affaires étrangères et la Commission Européenne. Dans cette dernière partie, je résumerai brièvement ces quatre questions, qu'on peut nommer en anglais par quatre mots en R Résilience, Relinquiscement, Restoration, Reconciliation. 

À la recherche de la résilience - la capacité de s'adapter à l'évolution des circonstances, afin de survivre avec des normes et des comportements conformes à nos valeurs - la première question à se poser est : "Comment conserver ce que nous voulons vraiment conserver ?" Une grande partie de ce que j'ai décrit plus haut  au sujet de la préparation aux chocs alimentaires et aux chocs financiers est liée à cette question de la résilience. 

Une deuxième question à se poser est : "Que faut-il abandonner pour ne pas empirer les choses ?" Cette question nous aide à explorer la question de l'abandon, comment les gens et les communautés abandonneront certains biens, comportements et croyances lorsque leur maintien pourrait aggraver la situation. Il peut s'agir, par exemple, de s'éloigner des côtes, de fermer des installations industrielles vulnérables ou d'abandonner les attentes associées à certains types de consommation. Il y aura le défi psychologique d'aider les gens qui vivent dans l'angoisse, le chagrin et la confusion. Une grande partie de ce que j'ai décrit plus tôt au sujet des technologies de soutien à l'adaptation psychologique de masse est liée à cette notion d'abandon.  La troisième question que je suggère que nous nous posions est : "Que pouvons-nous retrouver, ou restaurer, pour nous aider face aux difficultés et tragédies à venir ?" Il s'agit de revenir à  des attitudes et des approches de la vie et de l'organisation mises à mal par notre civilisation à base d'hydrocarbures . Il s'agit par exemple de réaménager les paysages pour qu'ils offrent plus d'avantages écologiques, de modifier l'alimentation en fonction des saisons, de redécouvrir des formes de jeu non électroniques et d'accroître au niveau local, en communauté, la productivité et la solidarité.  

La quatrième question que je nous invite tous à nous poser est la suivante : "Avec quoi pourrais-je faire la paix pour atténuer la souffrance ?" Face à nos limites, au bout du voyage, face à la fin, nos pensées cherchent un apaisement, une forme de réconciliation avec nos erreurs passées, avec la mort, et certains ajouteraient, avec Dieu. Nous pouvons aussi chercher à participer à des réconciliations entre groupes ayant des convictions politiques différentes, des religions différentes, entre nations, entre sexes, entre classes et entre générations. Sans cette adaptation intérieure radicale à l'effondrement climatique, je crains que nous risquions de voir nos sociétés s'entredéchirer. Si nous n'avons pas trouvé un moyen d'accepter le caractère transitoire  de notre propre vie et de celle de ceux que nous aimons (pour nous réconcilier avec notre réalité de mortels), et d'accepter que nous devons agir sans savoir si nous réussirons (pour nous réconcilier avec l'impuissance), nos actions futures risquent d'être une forme de distraction maniaque qui pourrait entraîner la violence. Le quatrième R pour Réconciliation   cherche à incarner et à permettre des réponses aimantes à notre situation difficile, à un moment où diverses formes de reproches pourraient être utilisées pour manipuler des gens et en blesser d'autres. 

Conclusion

Il est évident que ce sujet n'est pas facile, qu'on cherche à y réfléchir, à en parler, ou à agir. Par conséquent, il serait facile de revenir à des discours de prévention du chaos climatique et de ne pas écouter ceux qui font valoir les arguments en faveur d'un travail qui porte aussi sur l'adaptation. On peut se réfugier  dans l'espoir que notre situation n'est pas aussi grave que ce que j'ai présenté dans ce document. Dès lors, il est important que la Direction Générale "Connect" de la Commission Européenne organise une conférence sur ce sujet, afin que les gens puissent se réunir et y réfléchir. Plus nous sommes créatifs, plus nous avons de chances de tirer le meilleur parti d'une situation qui s'aggrave. C'est là que réside maintenant mon objectif, voire mon espoir.  Bien que le présent document amorce une discussion sur les moyens technologiques au service d'une Adaptation Radicale, il n'a pas pour but de mettre de côté les aspects politiques de notre crise. Au fur et à mesure que l'on prendra conscience de l'urgence climatique, il sera utile d'éviter les reproches et de promouvoir des réponses collectives. Toutefois, ce serait une erreur de refuser de s'attaquer aux questions difficiles de déséquilibres du pouvoir et des systèmes économiques, au prétexte que cela pourrait être source de division. L'histoire selon laquelle il est possible de faire face à notre crise actuelle par des moyens apolitiques et techniques ne tiendrait pas compte de ce dont nous avons été témoins, et de ce que nous avons appris de l'impact insignifiant des décennies d'efforts passés sur le développement durable. En outre, nous devrons dans nos sociétés augmenter la responsabilité du pouvoir, et améliorer la façon dont il doit rendre des comptes, car il faudra prendre des décisions sur l'allocation d'énormes sommes d'argent, et plus généralement des décisions qui vont  radicalement changer radicalement la vie des gens. 

L'Adaptation radicale offre un cadre pour discuter de la façon dont toutes les formes de gouvernement  pourraient se préparer à un effondrement prochain de la société et en réduire les effets néfastes. Il peut donc être utile pour d'autres domaines d'activité de la Commission Européenne, en dehors de la DG Connect. La nécessité d'une Il faut une intervention urgente de l'Etat et les financements associées qui vont avec, et cela aura des répercussions sur le droit de la concurrence et des subventions. La nécessité d'agir sur la sécurité alimentaire a des répercussions sur les politiques agricoles et leurs subventions. La nécessité d'agir sur la sécurité des systèmes de paiement a des implications sur la politique bancaire et financière. Chaque direction générale de la Commission doit en explorer les implications pour son domaine d'intervention, ne serait-ce que dans la perspective de la gestion des risques. En abordant l'un ou l'autre de ces domaines, il sera important de garder à l'esprit que, quel que soit l'endroit où nous travaillions, l'urgence climatique nous appelle à être des pompiers plutôt que  des consultants en sécurité incendie (Sophie: des pompiers plutot que des consultants en securité incendie? ). Parce qu'il ne s'agit pas d'un exercice, nous devons agir en fonction de ce qui se passe déjà, sans quoi plus de gens souffriront et mourront. 


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